André Blanchard

L'attente

Ce qui passe et ce qui demeure

Tombe d'une même poignée

Où se mêle aux formes de l'heure

Un songe qui n'a point d'année,


L'éternel est à l'éphémère

Plus uni que l'ombre à la joie,

Jusqu'au fond de nous la lumière

N'a pas encor trouvé sa voie;


Mais, plus chère que la présence

De la plus douce et tendre amie,

Nous vivons de cette espérance

Que chaque jour a démentie.

 

André Blanchard est le premier à inaugurer notre nouvelle rubrique : sans laisser d'adresse. Félicitation à lui.

Ce poète est typique du blog ; il est mort et franchement inconnu. J'ai fouillé et farfouillé dans plusieurs livres, encyclopédies, recueils, anthologies, il n'apparait nul part. C'est donc un divin inconnu ; à une exception prêt ! Il existe bien un André Blanchard mais celui-ci est né en 1951 alors que mon “Florilège de Poésie Contemporaine” de 1947 (édition Garnier) stipule l'existence du poète qui nous intéresse, bel et bien avant l'idée même d'une copullation reproductrice entre monsieur Blanchard et madame Blanchard es André Blanchard de 1951.

Ainsi “sans laisser d'adresse” est une catégorie de poètes qui ne permettent aucune notice biographique et même bibliographique. Une perle, un de ceux qui me donne envie de les sortir de la grande malle de l'histoire de la littérature et de souffler un grand coup dessus, éternuant au passage, et dévoiler les lettres d'or qui se cachent sous l'épaisse couverture de poussière.

Quant à ceux qui s'interrogent sur l'absence du “-e” de “encor“, et qui l'attendent toujours, sachez qu'il ne viendra jamais. Il est partit loin et vous emmerde. Et le poète vous prie de bien vouloir l'en excuser, car d'un sens ça l'arrange. Voyez-vous, sans ce “e“, le nombre de pieds est respecté.

En effet, nous sommes en présence de trois quatrains en octosyllabes. Octo signifiant huit. Si vous prenez ce vers ” un songe qui n'a point d'année“, il est possible de trouver 7 syllabes. Hors, et c'est pourquoi le “encor” nous est utile, si l'on considère qu'il faut prononcer les “e” à la mareseillaise (Oh ! peu'chèreuh !), il est IMPERATIF de faire sonner le “songe” en “song-euh”. Et donc de décapiter “encore” de sa dernière lettre pour respecter l'équilibre.

Les esprits chagrins diront “han si ça s'trouve le mec y voulait faire un heptasyllabe et pis c'est tout”. Oui mais non. Parce que l'octosyllabe est à la poésie ce que le biniou est à la tradition bretonne.

Bras levé et jambe en bois - bonne soirée à tous.

 

Publié dans : Andre Blanchard, sans laisser d'adresse |le 19 mai, 2009 |

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